matsukaze : vent dans les pins

matsukaze*
les poèmes sans voix
frôlent le pin
* vent dans les pins
installation au jardin de la Roquette de Yuuko Suzuki : L'arbre à paix (Paris 11e).
Le génie des jardins 2008

matsukaze*
les poèmes sans voix
frôlent le pin
* vent dans les pins
installation au jardin de la Roquette de Yuuko Suzuki : L'arbre à paix (Paris 11e).
Le génie des jardins 2008
Un univers où l'homme a disparu, le monde presque seul, peuplé d'arbres, où la vie se traduit par la présence d'objets tels que l'horloge, l'échelle, la balle et, où le cheminement se fait par un labyrinthe. Une interrogation sur la réduction du paysage humain et urbain.
D'après un de ses tableaux :
de l'horizon
la route s'écarte
des arbres
*
les arbres roux
accompagnent la route
jusqu'à sa limite
* Jeune peintre japonais né à Tokyo en 1969, vit et travaille à Mulhouse.

l'escargot s'affranchit
en passant la barrière
des couleurs
*
l'escargot
franchit la porte
une larme
Née dans un quartier populaire de Tôkyô, Aya est membre de la revue Wakaba (jeune feuille) et a publié quatre recueils de haïkus. Son ressenti d'ouvrière :
je coltine un sac de charbon
avec des cordes
la poitrine comprimée
sumidawara katsugu chibusa o bakusarete
炭俵かつぐ乳房を縛されて
*
légèrement augmentée
je rentre chez moi
avec quelques fraises
ichigo kai modoru choppiri shôkyû su
苺買い戻るちょっぴり昇給す
*
mon père ne doit mourir
il faut
qu'il scie des blocs de charbon
sumi o hiku chi yori nogare enu chichi yo
炭を挽く地より逃れ得ぬ父よ
*
naissance au fond d'une ruelle
enfance au fond d'une ruelle...
Coiffure de fête
roji ni are roji ni sodachishi matsuri-gami
路地に生れ路地に育ちし祭髪
*
ma belle-mère est morte
ses grands pieds
dépassent de la couverture
ôki ashi futon hamidashi haha yukeri
大き足布団はみ出し継母逝けり
*
ce bouquet de chrysanthèmes sauvages
plein d'attentions pour mes parents
partis dans l'autre monde
nogiku tsumi raise wa fubo ni amaetaki
野菊摘み来世は父母に甘えたき
Maladie, mort, guerre sont les thèmes abordés par Kyôko Kerada. Née à Sapporo, tuberculeuse à dix-sept ans, elle a commencé à écrire en 1944 et a publié quatre recueils de haïkus.
セルを着て遺書は一行にて足りる
seru o kite isho wa ichigyô nite tariru
je porte un kimono de serge
une ligne suffira
sur mon testament
*
友の死がとどく銭湯真裸に
tomo no shi ga todoku sentô mahadaka ni
on m'annonce la mort
de mon amie - je suis nue
dans les bains publics
*
水打つや生きる父より亡母恋し
mizu utsu ya ikiru chichi yori bôbo koishi
l'arrosage...
Je veux revoir ma mère morte
plutôt que mon père vivant
*
et un sujet très féminin.
末枯れやねむりの中に生理くる
uragare ya nemuri no naka ni seiri kuru
plaine dénudée...
Mes règles viennent
pendant mon sommeil
Extraits de Du rouge aux lèvres (La Table ronde, 2008).

Une larme de joie, ce petit livre plein de poésie, est une somme d'instants, ou de fragments (comme dirait un ami) de bonheur. Les dessins à l'aquarelle, très sobres, presqu'enfantins, retracent de purs moments d'émotion, devant une fleur, à l'écoute d'un mot, devant une tasse de thé, sous la lune et le bonheur de partager avec les autres.
L'écriture manuscrite en japonais très fine, parfois illisible, est complétée par l'illustration. Une édition bilingue japonais-français que je recommande à tous les amateurs d'art et de haïkus.
Naomi Ito est est née en 1971 et a vécu à Paris.
ISBN4-87892-188-9

quand je te vois je me pâme....
la fleur s'épanouit.

une fois je fais du thé pour toi
une autre fois tu en fais pour moi
c'est comme ça la vie.

merci
merci
merci
je dis de toute mon âme ce mot
Et je dis aussi merci merci merci à Naomi Ito pour cette joie partagée.
Santoka, dans son journal de la mendicité (1930) écrit :
« S’il y a une montagne, je regarde la montagne.
s'il pleut, j’écoute la pluie.
Printemps, été, automne, hiver,
demain sera bon et
hier soir était bon aussi ».
山あれば山を観る yama areba yama o miru
雨の日は雨を聴く ame no hi wa ame o kiku
春夏秋冬 haru natsu aki fuyu
あしたもよろし ashita mo yoroshi
ゆふべもよろし yûbe mo yoroshi
Il écrit un peu plus tard.
« Je me sens solitaire le jour où je ne marche pas.
Je me sens solitaire le jour où je ne bois pas.
Je me sens solitaire le jour où je n'écris pas de poème.
Je ne me sens pas solitaire même si je marche seul,
même si je bois seul, même si j'écris seul un poème. »
歩かない日はさみしい、 arukanai hi wa samishii
飲まない日はさみしい、nomanai hi wa samishii
作らない日はさみしい、tsukaranai hi wa samishii
ひとりでいることはさみしいけれど hitoride iru koto wa samishii keredo,
ひとりで歩き、ひとりで飲み、ひとりで作って hitoride aruki, hitoride nomi, hitoride tsukutte
いることはさみしくな iru koto wa samishikunai.
Ses haïkus sont de forme libre et orale, il utilise souvent le temps passé, contrairement aux classiques, qui, lorsqu'ils utilisent un verbe, l'écrivent au temps présent.
Concis, en peu de mots, il dit l'essentiel d'une manière narrative, une belle poésie minimaliste.
へうへうとして 水を味ふ
heu heu toshite mizu o ajiwau
tout en chancelant
je goûte l'eau
*
ぬれててふてふどこへゆく
nurete tefutefu doko e yuku
le papillon mouillé
où va-t-il ?
*
酔うてこほろぎと寝てゐたよ
youte jôrogi to nete itayo
saoul
j'ai dormi avec un grillon
*
かなかなないてひとりである
kanakana naite hitori de aru
quand la cigale chante
je me sens seul
*
つかれた脚へとんぼがとまった
tsukareta hashi e tonbo ga tomatta
sur ma jambe fatiguée
une libellule
*
鉄鉢の中へも霰
teppachi no naka e mo arare
même dans mon bol
il grêle
*
分け入れば水音
wakeireba mizu oto
j'avance plus loin
le bruit de l'eau
*
秋風の石を拾う
akikaze no ishi o hirou
vent d'automne
je ramasse une pierre
*
笠も漏りだしたか
kasa mo moridashitaka
même mon chapeau
commence à filtrer
*
私にあつては、生きるとは句作することである、句作即生活だ。
watashi ni atte wa, ikiru to wa kusaku suru koto de aru, kusaku sunawachi seikatsu da.
Pour moi, vivre c'est composer des haïkus. Faire un haïku c'est également la vie.
vocabulaire spécifique
kasa = chapeau de paille du moine
teppachi = bol en fer du moine mendiant
kanakana = cri de la cigale.
jôrogi = grillon
tefutefu = papillon
Extraits de Santoka, Zen à pas comptés (Éditions Arichi, 2008).
Santoka (1883-1940), moine et poète, buveur occasionnel, pratique la mendicité et la simplicité. Ses haïkus résonnent de mots plusieurs fois répétés (boutons d'or, cerisier, pissenlit, coucou, riz, etc.), comme une incantation, il joue avec les sonorités et les oppositions. Quelque soit la situation, il prend plaisir à son environnement.
あるけばきんぽうげ すわればきんぽうげ
arukeba kinpôge suwareba kinpôge
marcher sur les boutons d'or
m'asseoir sur les boutons d'or
-
さくらさくら さくさくら ちるさくら
sakura sakura saku sakura chiru sakura
cerisiers cerisiers
cerisiers en fleurs
cerisiers dispersés
-
ふまれてたんぽぽ ひらいてなんぽぽ
fumarete tanpopo hiraite tanpopo
écrasé le pissenlit
ouvert le pissenlit
-
あるけばかつこう いそげばかつこう
arukeba katsukô isogeba katsukô
marcher au chant du coucou
me presser au chant du coucou
-
しみじみ食べる 飯ばかりの 飯である
shimijimi taberu meshi bakari no meshi de aru
je mange tranquillement du riz
un simple repas de riz
-
もりもりもりあがる 雲へ歩む
mori mori mori agaru kumo e ayumu
je marche vers les nuages
qui montent montent lentement
-
ふくろうはふくろうで
わたしはわたしでねむれない
fukurô wa fukurô de
watashiwa watashide nemurenai
chouette et chouette
moi et moi insomniaque
-
安か安か 寒か寒か 雪雪
yasuka yasuka samuka samuka yuki yuki
tranquille et tranquille
froid et froid
neige et neige
* Libre interprétation de neko, la traduction est particulièrement difficile dans ce genre de cas.
Extraits de Santoka, Zen à pas comptés (Éditions Arichi, 2008).