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23 février 2007

Marcovaldo, d'Italo Calvino

Un grand classique italien qui fait partie de mes livres de chevets.

En relisant les classiques japonais, Les fruits du Gingko de Kenji Miyazawa, je ne peux que repenser à ce personnage qui m'a ému par sa naïveté et son amour de la nature.

Marcovaldo est manœuvre, pauvre et chargé de famille, mais il rêve beaucoup. À la nature, surtout, qui n'est guère présente dans l'univers d'asphalte et de béton où il lui faut vivre. Cela lui vaudra une suite d'aventures et de mésaventures, où on le verra successivement cueillir des champignons à l'arrêt du tram, prendre un bien curieux bain de sable, s'amouracher d'une plante d'appartement singulièrement envahissante, être amené - par un chat dont il est l'ami et, accessoirement, par une truite - à rencontrer une étrange vieille marquise, et faire bien d'autres choses encore.

La force de l'écriture d'Italo Calvino apporte le rire et la fantaisie avec une élégance naturelle. Dans cette oeuvre inclassable et pleine d'humour, l'auteur montre qu'il y a de l'intérêt et de la poésie en toutes choses. Il suffit de savoir regarder.

Un livre extrêmement recommandable pour tous ceux qui sont au monde et ne l'ont pas encore lu.

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21 février 2007

Murô Saisei (1889-1962)

雪降ると
いいしばかりの
人静

yuki furu to / iishi bakari no / hito shizuka

il neige ! Vient-on de dire dans le silence

Deux personnes assises tranquillement l'une en face de l'autre dans une pièce dont les portes à glissière sont hermétiquement closes. On ne voit pas la neige tomber. Les sens en éveil, un des deux personnages perçoit intuitivement le monde qui se trouve de l'autre côté des shôji, et replonge dans le silence après avoir seulement laissé échapper son exclamation. Le monde des sentiments qui emplissait la pièce en devient encore plus intense. La personne qui vient de parler ne peut être qu'une femme !

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

17 février 2007

Le maître est parti cueillir des herbes

Le maître est parti cueillir des herbes (Moundarren, 2001). Cette phrase simple pour exprimer l'absence de la personne que l'on vient visiter m'inspire une certaine quiétude de l'homme face à la nature. L'important n'est pas de voir le maître, mais de savoir qu'il est là, en harmonie avec son environnement.

Ce recueil de poètes chinois est la source même du haïkaï qui a inspiré les Japonais.

Bashô inscrivit sur le portrait du célèbre Chuang Tzu :

もろこしの俳諧とはん飛ぶ小蝶
morokoshi no / haïkaï to han / tobu kochô

à propos du haïkaï de Chine
j'interroge
le petit papillon qui voltige

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

de Wang Wei (701-761)

tout le long du chemin
le parfum
du printemps

de Li Po (701-762) suçons la substantifique moëlle :

allègre
dégagé des affaires du monde
ici, enfin libre

on s'affaire
on s'affaire
pour chercher quoi au juste ?

je danse
en me mesurant
au soleil couchant

la tristesse du voyageur
dans la coupe
soudain se dissipe

de Han Shan (8e s.)

à contempler le vide
s'épanouit
le silence

de Wu Yong (9e s.)

dans la cour
des fleurs sont tombées
l'ombre des arbres s'est déplacée

de Hsiu Tao yong (9e s.)

le vin m'a donné soif
j'ai très envie
de thé

de Liu Pan (1023-1089)

sur les feuilles des lotus
le bruit
de dix mille gouttes

etc.
La sagesse chinoise relève aussi d'un certain épicurisme... le poète reste indifférent aux affaires des hommes et se plonge dans la contemplation de la nature, bien plus importante à ses yeux.

 


16 février 2007

Tagami Kikusha (1753-1862)

月を傘
にきて遊ばばや
旅の空

tsuki o kasa / ni kite asobabaya / tabi no sora

avec pour seul chapeau la lune
je voudrais tant partir !
ciel du voyage

Kikusha venait de perdre son mari, à 28 ans, et projetait de partir pour un long voyage. Ce haïku sous-tend sa volonté de vivre.

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

16 février 2007

Matsumoto Takashi (1906-1956)

とっぷりと
後ろ暮れいし
焚火哉

toppuri to / ushiro kure ishi / takibi kana

nuit noire soudain derrière ce feu dehors

Né dans une illustre famille d'acteurs nô, sa faible constitution l'empêcha de s'y consacrer et le nô restera toujours un rêve. Ses poèmes ont toujours quelque chose de grave et de contenu.

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

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16 février 2007

Sôma Senshi (?-1976)

答礼の
微塵となりて
さらんとす

 
tôrei no/ mijin to narite/ saran to su

fine poussière
dans le soleil d'hiver
tel je voudrais partir

Un jour d'hiver serein et limpide, la poussière se répandant dans l'atmosphère s'est changée en lumière. Ce haïku est un haïku d'adieu, composé sur son lit de mort après l'ablation d'une tumeur cancéreuse à l'estomac.

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

16 février 2007

Yosa Buson (1715-1783)

斧いれて
香に驚くや
冬木立

  ono irete / ka ni odoroku ya / fuyukodachi

un coup de hache
l'odeur surprend
arbres d'hiver

16 février 2007

Saïjiki d'hiver par Laurent Mabesoone

La douceur des hivers semble inquiéter les scientifiques soucieux des équilibres macro-écologiques. En ce qui concerne les agriculteurs, la douceur hivernale cause la prolifération des insectes nuisibles. Mais pour beaucoup d'autres, c'est un phénomène plutôt agréable, qui permet d'oublier un moment la sévérité de la saison.

暖冬や
仔犬押そゆる

dantô ya / koinu osoyuru / kemono michi

douceur hivernale-
soudain, mon chien ne veut plus
suivre le gibier [Keirô Ishida]

Longues et froides, les nuits d'hiver ne sont pas propices aux sorties et aux fêtes. Dans les campagnes, chacun se couche tôt. Cependant, dans les grandes villes, c'est à cette époque que les principaux événements culturels ont lieu.

冬の夜や
海寝むらねば
寝むられず
fuyu no yo ya / umi nemuraneba / nemurarezu


une nuit d'hiver...
sans dormir, j'écoute la mer
qui ne dort jamais [Masajo Suzuki]

La période du gel, caractérisée par des températures inférieures à 0° C, est plus ou moins longue selon les latitudes même si, souvent, le gel n'est pas continu sous les climats tempérés. En montagne par contre, le gel peut être considéré comme une période de l'année qui dure tout le mois janvier, au moins. Le verbe "geler" indique lui-même que l'on se trouve au plus froid de l'hiver.

馬の目も
氷菓に仰向
峠ぐち
uma no me mo / hyôka ni aomu / tôge guchi

Voyage en montagne-
sous l'œil de mon vieux cheval
une larme gèle [Ryûta Iida]

14 février 2007

Tan Taigi (1709-1771)

初恋や
灯籠によする
顔と顔

hatsukoi ya / tôrô ni yosuru / kao to kao

premier amour
près de la lanterne
visage contre visage

Poèmes de tous les jours - Anthologie proposée et commentée par Ôoka Makoto, trad. par Yves-Marie Allioux (Ed. Picquier, 1995).

5 février 2007

d'un instant à l'autre, de Yves Brillon. Illustration de Monique Lachapelle

Le titre de cet ouvrage est évocateur d’une suite que l’on déguste au fil des saisons. Le dessin de la couverture bleue invite à l’éclosion de la nature. Contrairement à d’autres haïjins, Yves commence son ouvrage par l’été et le termine par la floraison du printemps.

 

 

 

J’ai  parcouru chaque instant, pas à pas, avec délectation, partageant avec Yves ses joies, ses peines, ses bonheurs dans une grande simplicité.

 

 

 

L’hiver canadien est la saison qui m’a le plus marquée, parce que tellement éloignée de notre climat parisien : vie au ralenti sous la neige, l’humain, derrière sa fenêtre, guettant les subtiles changements de la nature. L’automne également avec ses feuilles colorées et le trop court été.

 

 

 

Ceux que j’ai retenus, pour ne pas les citer tous, un pour chaque saison :

 

 

 

Au lever du jour
alors que la pie jacasse
le silence dort

 

 

 

Derniers jours d’automne-
un homme s’en va vers l’hiver
la canne à la main

 

 

 

La tête du chat
dans la boule de Noël-
toute une bouille

 

 

 

du prunier fleuri-
un à un les blancs pétales

tombent en silence

 

 

 

Merci Yves de nous communiquer ta simplicité et de nous faire partager ton monde. Ce que je regrette, c’est que les illustrations de Monique ne soient pas en couleurs.

 

Un livre certainement à découvrir.

 

 

 

 

 

Karedas Éditions - collection kaiseki
ISBN 978-2-910961-41-1
dépôt légal : février 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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