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27 octobre 2008

L'automne au féminin

Sugita Hisajo :

うてゆる字秋
hi ni nûte / ko ni oshiyuru ji / aki no ame

cousant sous la lampe
j'apprends l'alphabet à mon enfant
pluie d'automne

~

Takajo Mitsuhashi :

落葉 落葉落葉 臥所にも
ochiba ochiba ochiba fushido no naka ni mo furu

feuilles mortes
feuilles mortes, feuilles mortes
aussi dans mon lit

~

Teijo Nakamura :

曼珠沙華抱くほどれど母恋
manjushage* dakuhodo toredo haha koishi

ma mère me manque
je cueille des fleurs d'équinoxe
à pleines brassées

~

Masajo Suzuki :

秋髪染めあげてうらがなし
onna no aki kami some-agete uraganashi

L'automne des femmes...
je suis mélancolique
d'avoir teint mes cheveux

~

Ayako HOSOMI :

ででかるる
dedemushi ga / kuwa de fukaruru / aki no kaze

le vent d'automne
souffle un escargot
sur la feuille de mûrier

~

Mariko KOGA :

よろめきてけばただ
yoromekite / furimukeba tada / aki no kaze

je me retourne
après avoir chancelé

rien que le vent d'automne !

~

Miyoko HASHIMOTO :

曼珠沙華蕊までゆかしむ
manjushage* shibe no saki made ari yukashimu

Je laisse une fourmi
aller au bout
d'un pétale d'équinoxe

~

Hitomi OKAMOTO :

喪主という座秋袷
moshu to iu tsuma no tsui no za aki-awase

Porter le deuil
est mon dernier devoir d'épouse -
kimono d'automne

~

Tsubaki HOSHINO :

コスモスに郵便箱のかくれたる
kosumosu** ni yûbin-bako no kakure taru

la boîte aux lettres
se cache
derrière des cosmos

~

Kazue ASAKURA :

髪黒きままの死願曼珠沙華
kami kuroki mama no shi negau manjushage*

je souhaite mourir
avec mes cheveux noirs
fleurs d'équinoxe

~

Amari OKI :

をはこんでいたる
semi no me o hakonde itaru aki no ari

des fourmis portent
dans l'automne
des yeux de cigale

~

Yuko MASAKI :

キーワイをれば翡翠宇宙なる
kiwi o kireba hisui no uchû** naru

le kiwi coupé :
un cosmos
couleur jade !

~

Madoka MAYUZUMI :

紅引くやれを鏡中
beni hiku ya hagi** no midare o kyôchû ni

je mets du rouge à lèvres
dans la glace se balancent
les fleurs de cosmos

Kigo : mot de saison

* manjushage = nom littéraire (Cluster amaryllis), la fleur aux 600 noms ou

higanbana : fleur d'équinoxe (彼岸花), est la fleur des Japonais et des poètes. Fidèlement, à l'équinoxe d'automne, jaillissent de terre, sur de hautes hampes, ses fleurs de flammèches rouges. Sa floraison en masse, le long des fossés d'irrigation, strie les paysages des rizières de zébrures sanglantes. La magie de la fleur et celle des traditions font le succès de bien des haïkus et des estampes.

Higan : fête bouddhiste de 7 jours ayant lieu à chaque équinoxe, consacrée à la mémoire des morts et à l'entretien des tombes. La fleur apparaît pendant l'higan d'automne, d'où ce nom et quelques autres :

shibito bana : fleur des morts

tengai bana : fleur de l'au-delà

yûri bana : fleur des fantômes

sugeto bana : fleur orpheline

Cf. message antérieur (2007) sur chichin

** kosumosu, uchû = cosmos, fleur d'automne. Hagi (lespédèze) traduit  cosmos.
aki = automne
ochiba = feuilles mortes

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26 octobre 2008

Et Trotte Coco, de Cuakor

Cuakor : « [...] Le monde regorge de formes poétiques : on y rencontre le haïku venu du Japon, le tebrae des femmes maures, le rubayat persan, le calligramme apatride, le punto des paysans cubains, le slam urbain, le formalisme parisien, les joutes oratoires malgaches, les chants de femmes pachtounes. Anciennes contemporaines, elles sont nombreuses.

Chaque genre est un ouvroir potentiel de poésie. Le Coup de Dés mallarméen par exemple. »

Des haïkus qui voyagent à Nouméa, dans les îles de Maré, d'Ouvéa, à Paris même, toujours proches jamais lointains. Un tour du monde qui nous enchante.

Petite araignée
Dans mon bureau sans âme -
Des liens se tissent

Celui de nulle part :

Le maître accroupi
Au bord du vieil étang
Pfloc ! le bruit de l'eau

digne du grand maître de haïku.

à Ambrym (archipel de Vanuatu) :

Sieste sur un banc
Attendre que le jour tombe
Ou des pamplemousses

Sur la route :

Je monte la côte
Un papillon descend
Salutation

Lune :

Discrète et secrète
Dans les feuillages du pin
Un grain de beauté

~

Route de montagne
Les virages dans la nuit
Petits clins de lune !

Je vous laisse le découvrir et le retrouver sur ettrottecoco.com et également sur cuakor.net.

Et Trotte Coco, poèmes de route - & What 2007 - ISBN 978-2-9530695-0-1

25 octobre 2008

L'automne au masculin

Bashô : 色付や豆腐に落ちて薄紅葉

irozuku ya /tôfu ni ochite/ usu momiji

elle change de couleur
en tombant sur le tôfu
la fine feuille d'automne

Buson : 淋しさのうれしくもあり秋の暮

sabishisa no / ureshiku mo ari / aki no kure

dans la solitude
il y a de la joie aussi
crépuscule d'automne

Dansui : ほたほたと椿の落つる朧月

hotahota to / tsubaki no otsuru / oborozuki

doucement
tombe une fleur de camélia
la lune voilée

Hosai : 夜中菊をぬすまれた土の穴ほつかりとある

yônaka kiku o / nusumareta tsuchi no ana /hotsukari to aru

pendant la nuit
quelqu'un a volé un chrysanthème
à la place un large trou

Ryokan : 秋ひよりせむ羽すずめのはをとかな

aki hiyori / senba suzume no / haoto kana

Le ciel d’automne
des milliers de moineaux –
le bruit de leurs ailes

Santoka : 掃くほどに散るほどの秋深く

haku hodoni / chiru hodono / aki fukaku

à mesure que je balaye
les feuilles tombent
automne profond

Shiki : 灯ともせば灯に力なし秋の暮

hi tomoseba / hi ni chikara nashi / aki no kure

allumant la lampe
la lumière n'a pas de force
soirée d'automne

Sôseki : 肩に来て人懐かしや赤蜻蛉

kata ni kite / hitonatsukashi ya / akatonbo

la libellule rouge
sur mon épaule s'est posée
intime et familière

18 octobre 2008

Moineau du jour

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sur les palmes
le repos académique
du moineau

10 octobre 2008

Chaises seules

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chaises seules
le cercle des poètes
disparaît

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7 octobre 2008

L'herbe pousse

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l'herbe pousse
au creux des interstices
planches de bois

5 octobre 2008

Jeu de billard

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jeu de billard
deux boules rouges suivent
la voie des pommes

5 octobre 2008

L'étroit chemin du fond, Bashô (Alain Walter)

Oku no hoso michi 奥の細道 : L'étroit chemin du fond

Texte bilingue : introduction, traduction, notes et commentaires par Alain Walter, professeur de littérature comparée, enseignant la littérature japonaise classique à l'Université Michel-de-MontaigneMichel-de-Montaigne à Bordeaux.
William Blake & Co. Edit. 2008 - ISBN 978-2-84103-163-4

Un livre qui s'adresse aux spécialistes. Il est difficile de se retrouver dans toutes ces notes, mais une étude approfondie intéressante. Lors de son voyage, beaucoup des hokku composés par Bashô avait à l'origine une fonction sociale d'adresse ou de réponse ou d'adieu. Cette convivialité toujours renouvelée, ces échanges poétiques, ces réunions amicales où l'on cuisine l'aubergine et savoure le melon, tout en se prélassant après les épreuves du chemin ne sont pas le moindre charme de L'étroit chemin du fond. Ce tercet, lors de la séparation d'avec un amateur rencontré en chemin :

物書きて扇引きさく余波哉
mono kakite ôgi hiki-saku nagori kana

Choses griffonnées
sur l'éventail qu'on déchire et se partage :
quel souvenir d'adieu

Notes

Mot de saison : à partir de l'expression ôgi oku - poser l'éventail, qui indique l'automne au septième mois lunaire. Bashô crée un mot de saison plus personnel tirer et déchirer l'éventail - ôgi hiki-saku.

Dès le début de l'été, l'éventail apparaît au Japon dans toutes les mains, et on ne le range qu'avec les premières fraîcheurs de l'automne.

Mais dans ce tercet, Bashô, tout en esquissant le soulagement éprouvé avec ce rafraîchissement de l'atmosphère, rend compte d'une manière originale et vivante sa connivence poétique avec son compagnon de voyage du moment. Les deux hommes en cheminant ont improvisé des poèmes, composé peut-être un bout de poésie enchaînée (renku), et tout cela a été griffonné sur l'éventail du poète. Maintenant qu'ils se quittent, Bashô propose de déchirer en deux l'éventail pour que chacun en garde une moitié en souvenir de ces jours de poésie et d'amitié. On peut même imaginer qu'il conservera la partie de l'éventail où Branche-du-Nord a écrit alors que celui-ci recevra la portion où se trouvent les tercets du maître. Beau cadeau d'adieu, en vérité !

4 octobre 2008

Le livre du vide médian, François Cheng

L'insu
L'invu
L'impensé

L'attendu
L'entendu
L'inespéré

~

L'infini n'est autre
Que le va-et-vient
Entre ce qui s'offre
Et ce qui se cherche
Va-et-vient sans fin
Entre arbre et oiseau

Entre source et nuage

~

Entre

Le nuage
           et l'éclair

Rien

Sinon
Le trait
          de l'oie sauvage

Sinon
Le passage
Du corps foudroyé
            au royaume des échos

Entre

~

La vague revient fidèle chienne
Lécher tes pieds de sa langue amère
Flairant soudain la peur millénaire
Longuement elle aboie dans tes veines

~

L'aube vient

Par la fente
           du rideau
Effleurer d'ici
           l'intérieur

Effleurer le somme
                et le songe
Détacher les figures
                des pénombres

Lente et muette
Par la fente
Se révèle soudain
             ange

Et toutes choses
Présences

~

 

Éditions Albin Michel 2004
ISBN 2-226-15087-0

4 octobre 2008

Qui dira notre nuit, François Cheng

1

Apprends-nous     nuit
À toucher ton fond
À gagner
             le non-lieu
Où sel et gel
             échangent leurs songes
             où source et vent
refont un

 

 

 

2

Le terrible a lieu
Au cœur du sourd-muet
               de l'aveugle

Fiat lux

Le terrible a lieu
Au cœur de l'in-ouïe
               de l'in-vu

Fiat lux

Le terrible a lieu
Quand le pacte de feu
                est rompu

Fiat lux

 

3

Lueur subite
L'aile de l'effraie
Frôlant le feuillage
Fait tomber
La dernière goutte de pluie
Dans l'étang
             du vide éclaté

 

5

Fleur. Est-ce une fleur ?
Brume. Est-ce la brume ?
Arrivant à minuit
S'en allant à l'aube
Elle est là : rêve d'un printemps éphémère
Elle est partie : nuée du matin, nulle trace

 

Éditions Arfuyen 2001
ISBN 2-908825-99-6

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