Aïe-chat maison


Sur la pointe des pieds, deux auteurs, Damien Gabriels et Paul de Maricourt en vis-à-vis. Un très joli recueil de haïkus, format carré, illustré de dessins d'enfants, édité chez L'iroli.
Un haïku par page, à gauche Damien, à droite Paul, parfois sur la même page en regard d'un dessin. Contenu et contenant font la paire. Une très belle édition.
Vous pouvez retrouver Damien et Paul sur leur blog (Carnets d'un haïjin et Cahin-caha)
ISBN : 978-2-916616-07-0.
insomnie ~ solitude ~
1:23 vert fluo sur le répondeur
au radio réveil ma propre voix
couloir désert ~ fin du concerto ~
la fontaine à eau elles redoublent de vigueur
fait des bulles les gouttes de pluie
lisant sous les chênes ces fleurs mauves
un mot quitte la page aux pieds des fougères
… une fourmi noire ! ombre d’une crosse
arrachant la vieille haie ~ à coups de pioche
le craquement des racines grand-mère arrache à la terre
jusque dans mes os des cailloux
Damien Gabriels Paul de Maricourt
jour de pluie -
reflet d'un coquelicot
dans la carrosserie

*
souffle brisé
le cœur du coquelicot
sous la pluie

échappements -
chardons et coquelicots
sous le vent
Je vous laisse savourer ces trois fruits juteux à merveille : à la sensualité de l'une, aux envies de meurtre de l'autre, à la douceur de la troisième.
de Toshiko Tonomura (1908-2000)
白桃に唇濡れしまま笑ふ
hakutô ni kuchibiru nureshi mama warau
les lèvres mouillées
du jus de pêche blanche
je ris
de Masajo Suzuki (1906-2003)
白桃に人刺すごよく刃を入れて
hakutô ni hito sasu gotoku ha o irete
la lame pénètre
la pêche blanche
comme pour poignarder
de Takako Hashimoto (1899-1963)
白桃に入れし刃先の種を割る
hakutô ni ireshi hasaki no tane o waru
coupant la pêche blanche
la pointe du couteau
casse le noyau
Du rouge aux lèvres, traduction de Makoto Kemmoku et Dominique Chipot (La table ronde 2008)

amputé
le pétale du platycodon
toujours bleu violet
=> minimaliste
le pétale
amputé
toujours bleu violet
*platycodon (famille des campanules)
La femme à l'égale de l'homme. Point de comparaison...
朧膽を畳に人の如く置く
rindô o tatami ni hito no gotoku oku
je pose une gentiane
sur le tatami
comme un homme
[Kanajo Hasegawa - 1887-1969]
汗臭き鈍の男の群に伍す
ase kusaki noro no otoko no mure ni gosu
je me range dans
la foule des hommes grossiers
puant la sueur
[Shizunojo Takeshita - 1881-1951]
Comparaison féminine aussi ...
泰山木 乳張るごとくふくらめる
taisanboku chichi haru gotoku fukurameru
les magnolias
gonflés
comme des seins
[Abe Midorijo - 1886-1980]
Comparaisons au masculin :
あおき踏むむら雲踏むが如くなり
aoki fumu mura kumo fumu ga gotoku nari
je marche sur le gazon
comme si je foulais
les nuages
[Kawabata Bôsha - 1897-1941]
葡萄食う一語一語の如くにて
budô kuu ichi-go ichi-go no gotoku nite
manger du raisin
une grappe après l'autre
comme une grappe de mots
[Nakamura Kusatao - 1901-1983]
安々と海鼠の如き子を生めり
yasuyasu to namako no gotoki ko wo umeri
l'enfant a vu le jour
doux glissement vers la lumière
telle une holothurie
[Natsume Sôseki - 1867-1916]
水に入ルごとくに蚊屋を潜りけり
mizu ni iru gotoku ni kaya o kugurikeri
comme on entre dans l'eau
on se glisse
sous la moustiquaire
[Miyoshi Tatsuji - 1900-1964]