histoire de flocons
scrutant le ciel
les flocons s’épaississent
à vue d’œil
~
tournoi de flocons
le goût frais du gagnant
sur les lèvres
~
photo de famille
les flocons regroupés
sur le pont
scrutant le ciel
les flocons s’épaississent
à vue d’œil
~
tournoi de flocons
le goût frais du gagnant
sur les lèvres
~
photo de famille
les flocons regroupés
sur le pont



Haïkaï de Basho et de ses disciples / Basho Matsuo ; trad. de Kuni Matsuo, Steinilber-Oberlin ; ill. de Foujita. - Institut international de coopération intellectuelle, 1936.
Le pet (おなら onara ou 屁 he en japonais), mot de saison d'hiver créé par Kikaku, est l'objet d'un passe-temps durant la longue saison de réclusion.
On le retrouve chez Issa, en toutes saisons. Mais il est clair que ce thème n'apparaît que peu dans le haïku, mais plutôt dans le senryû et les kokkei. Glanés par-ci par-là :
de Issa :
馬の屁に目覚めて見れば飛ぶほたる
uma no he ni mezamete mireba tobu hotaru
d’un pet de cheval
tiré du sommeil j’ai vu
des lucioles en vol
~
垣外へ屁を捨てに出る夜寒哉
kakisoto e he wo sutenideru yosamu kana
par delà la haie
sors me décharger d'un pet
au froid de la nuit
~
虫の屁を指して笑ひ仏哉
mushi no he wo yubisashite warai botoke kana
pet de bombardier*
que montre du doigt
le Bouddha rieur
~
長の日や沈香も焚かず屁もひらず
naga no hi ya jinkô mo takazu he mo hirazu
longue journée -
rien à faire que brûler de l'encens
ou péter
~
屁くらべが又始るぞ冬篭
he kurabe ga mata hajimaru zo fuyugomori
les concours de pet
s'en vont donc recommencer
repos hivernal
~
月涼し水面ぷくっと河童の屁
tsuki suzushi suimen bukutto kappa no he
lune froide -
des bulles d'eau à la surface
le pet d'un lutin
~
de Sôin :
我が親の死ぬる時にも屁をこきて
waga oya no shinuru toki ni mo he o kokite
juste avant sa mort
mon père
pète encore
de Fukushima Seigi 福島せいぎ:
みどり子のおならめでたし初笑ひ
midorigo no onara medetashi hatsuwarai
le pet de l’enfant son premier sourire rayonnant
* bombardier : insecte
une clarté
derrière le voile
lune de retour
~
lasse de l'écran
le coup d'œil à la lune
longuement
~
je me tiens à carreau
la lune change de fenêtre
~
fin de soirée
la lune à l'ouest
disparue
Bon inquiet mort
Un homme montait la Grand'Rue
Poursuivi par des chiens et des enfants
Un homme maigre et bossu
Qui tirait les cloches des messes
Un homme lâché par l'esprit
Ce bel esprit qui ment
Un homme pur
Quand la mort hantait la grève
On se demande pourquoi
Ils lui jetèrent des seaux d'eau
C'était un homme différent un miroir
Que poussaient les enfants du haut de la falaise
Autant de frères que de jeunes garçons
Dont il aimait toucher les têtes vigoureuses
Et nul n'était plus beau que sa faiblesse
Épanouie en sourires transparents
En paisibles regards noirs
En gestes doux et pensées abruptes
Un homme montait la Grand'Rue
Petit fantôme jusqu'à la pâtisserie
Serrant ses sous pour des sucres tendres
Et des chocolats fins
Un vieil homme qui fut bébé
Un homme lâché du haut de la falaise
Corps insignifiant dans les algues
Choses muettes et plein seau de prières
Un homme un enfant un rien
Vite oublié dessous la terre
Un homme bon inquiet mort.
Les chants verticaux, de Claude Burgeon (Le dé bleu, 2000).
雪烈抱かれて息のつまりしこと
yuki hageshi dakarete iki no tsumarishi koto
tourmente de neige
jadis je suffoquais dans ses bras
Commentaire de Ôoka Makoto :
« Takako s'initia au haïku auprès de Sugita Hisajo, puis devint l'élève de Yamaguchi Seishi. Elle saisit toujours avec une rare justesse les élans et les oscillations de la sensibilité féminine. La rigueur avec laquelle elle pénètre la réalité en s'en tenant strictement aux faits, la richesse de ses moyens d'expression, en font sans doute une des meilleures femmes poètes de l'époque moderne. Elle n'avait pas encore quarante ans que son mari la précédait dans la mort. Aussi consacra-t-elle de nombreux vers à sa mémoire, dont certains, comme celui que nous présentons ici, sont de purs chefs-d'œuvre. En contemplant la neige qui ne cesse de tomber à gros flocons, lui revient, comme ressuscité par la nature, le souvenir d'un instant où son mari l'avait étreinte, si fort qu'elle avait cru s'évanouir. »
Poèmes de tous les jours (Picquier poche 1995).
matin glabre
les carillons de l'église
cristallins
~
depuis longtemps
le carillon de neuf heures
un son oublié
~
matérialité
de l’espace invisible
les carillons