dimanche 2 mars 2008
OOKA Makoto : Chôfu VIII
Chôfu VIII
À une dame de ma connaissance
Bôfujin ni teisu
On peut bien haïr l'être qui l'a écrit
la lecture d'un bon poème réjouit toujours le cœur.
C'est vraiment là, nulle part ailleurs
que réside le mystère de la poésie.
Mystère sans importance en fait
mais indéniable quoi qu'on en dise.
CITÉS DES EAUX (SUIFU, 1981) 水府
vendredi 29 février 2008
OOKA Makoto* : L'écriture et la vie 文と人生
L'écriture et la vie
文と人生
Bun to jinsei
Pour bien écrire il faut
des virgules
des points
des parenthèses
des guillemets
qu'on notera soigneusement sans se tromper
Voilà ce qu'on m'a appris quand j'étais petit
Or quand on y songe la vie elle-même est faite
de virgules
de points
de points de suspension
de souvenirs qu'on emballe dans des parenthèses pour les jeter à la poubelle
et d'années qu'on voudrait flanquer de la mention « à supprimer »
et de jours qui se changeant
d'eux-mêmes en virgules
passent leur vie recroquevillés
Dans ma jeunesse
J'ai appris d'un poète d'Europe**
cette phrase qui s'est gravée dans mon esprit
« Vieillir c'est organiser
Sa jeunesse au cours des ans »
Or ce cher poète français lui aussi
fut bien forcé de ponctuer
sa propre vie à l'aide de points et de virgules
Goutte de pluie = !
Goutte au nez = ?
Guillemets = « »
Toute sa vie il vécut
en les tenant à pleines brassées
Tel était le sens de sa poésie
Mais les deux vers que je viens d'évoquer
aussi tranchants et droits qu'une feuille d'acore
m'ont percé le crâne de part en part
sans ponctuation aucune
Point de suspension au chef craintivement baissé
Virgule assise en tailleur d'un air convaincu
Chacune de ces expressions m'accompagne
d'aujourd'hui à demain
d'aujourd'hui à hier
dans l'incessant va-et-vient qui compose ma vie
Et parfois je me fais cette injonction
« Prends soin d'organiser ta jeunesse
Cours d'une traite vers la disparition
à travers la multitude des heures et des jours et des ans
Et puis surtout
ne cherche jamais au grand jamais
à recouvrer ta jeunesse ! »
OOKA Makoto*, né en 1931, est l'un des poètes les plus féconds et les plus admirés au Japon. Il se distancie de la poésie japonaise classique (tanka et haïku) pour écrire en vers libres. Ce poème tiré du recueil " Qu'est-ce que la poésie ? " (shi to wa nanika, 1985) figure dans l'ouvrage Citadelle de Lumière, Anthologie personnelles de poèmes 1956-1997, traduit du japonais par Dominique Palmé, aux éditions Philippe Picquier, 2002)
* makoto en japonais signifie vérité.
** La citation est de Paul Eluard.
jeudi 14 février 2008
Satori d'octobre, de Marcel Peltier
Marcel n’est plus à présenter dans le monde de la poésie et du haïku. Il écrit depuis si longtemps que son cheminement l’a amené vers le silence. Ses mots sont des espaces-temps dans lesquels le lecteur met sa vie et son expérience. Les images fortes de ses non-dits nous réunissent dans l’homme universel.
Paradoxe : des mots pour mieux ressentir le silence : le sien le nôtre.
La plupart de ses écrits sont édités chez Chloé des Lys.
Cet ouvrage, hommage à Kerouac, est divisé en trois fractions de temps : avant pendant après son séjour à la mer.
Sur la table de chevet
Alcools
-
Châteaux de sable
flux et reflux
-
En conclusion :
Le silence
vient petit à petit
une voie qu’il poursuit avec bonheur.
Beaucoup d’émotions contenues et une écriture à découvrir pour ceux qui ne le connaissent pas.
Bibliographie :
L’éphémère vérité, 2000 – L'arbre à paroles
La vie ordinaire, 2003 – Éditions Chloé de Lys
Le carré rouge, 2003 – Gril
50 épices sur la langue d’un chat noir, 2004 – Éditions Chloé de Lys
Senryûs du silence, 2006 – Éditions Chloé de Lys
Satori d’octobre, 2007 – Éditions Chloé de Lys
Pièges à poésie, 2008 – Éditions Chloé de Lys
Vous pouvez le retrouver aussi sur Critiques libres.
jeudi 24 janvier 2008
Madoka Mayuzumi 黛 まどか
Madoka Mayuzumi, née en 1962, sera l'hôte de la maison du Japon, le 21 mars 2008, accompagnée d'une musicienne de koto.
Cette poétesse est l'une des plus en vogue au Japon. Elle a modernisé l’art du haïku en traitant de thèmes contemporains (l'amour, la ville), en utilisant des mots étrangers. La parution de son premier livre en 1994 a connu un succès sans précédent pour un recueil de haïku. Depuis, elle ne cesse de sensibiliser la jeunesse japonaise à cette forme poétique traditionnelle.
Madoka Mayuzumi présentera l’art du haïku. A l’issue de sa conférence, elle fera une lecture de ses poèmes, accompagnée au koto par Fuyuki Enokido. Une plongée dans l’univers des mots, des sonorités du Japon.
On peut retrouver une dizaine de haïkus sélectionnés et traduits par Corinne Atlan et Zéno Nianu dans Le poème court japonais d'aujourd'hui, paru aux Editions Gallimard section poésie.
Printemps
dans le bassin d'ablutions
la lune de mars -
je t'attends
-
je gravis la pente du printemps
pour y déposer
mes ex-voto d'amour
-
un pétale de cerisier
deux pétales -
sans fin je pense à toi
-
j'ôte ma bague -
reste un doigt nu
dans le frimas des fleurs
Été
l'été arrive
avec ses breloques
en forme de coquillages
-
nous nous embrassons -
le tournesol
se détourne
-
sous les caresses
les amaryllis
deviennent un vent rouge
Automne
elles effacent à l'instant
la trace de mes pas -
vagues d'automne
-
au crépuscule
le rouge des feuilles d'érable
le blanc de ses chaussettes un peu sales
Hiver
Sainte Nuit -
chute de neige
en post-scriptum
-
auberge sous la neige -
dans la chambre voisine
la lumière s'éteint
jeudi 10 janvier 2008
Proverbes japonais
ちり積もって山となる
chiri tsumotte yama to naru*
les petits ruisseaux font les grandes rivières
* littéralement : les poussières amoncelées font la montagne
*
うそから出た誠
uso kara deta makoto
du mensonge sort la vérité
*
臭いものに蓋
kusaimononi futa
à mauvaise odeur bouchon
*
安物買いの銭失い
asumono kai no zeni ushinai
achat bon marché perte d'argent
*
負けるは勝つ
makeru wa katsu
qui perd gagne
*
知らぬが仏
shiranuga hotoke
(celui qui ne sait pas est un bouddha)
aux innocents les mains pleines
*
井の中の蛙
i no naka no kawazu
dans le puits la grenouille
personne qui a une vision étroite du monde puisqu'elle ne connaît pas la haute mer
lundi 10 décembre 2007
UN AN DÉJA
CHICHINPUIPUI a vu le jour il y a un an avec ses hauts et ses bas, ses instants de joie et ses moments douloureux. Vos commentaires m'ont soutenue lorsque je doutais, votre amitié et votre sympathie m'ont aussi beaucoup touchée. Merci pour vos passages éphémères qui sont gravés.
CHICHINPUIPUI reste une belle aventure pleine de suspens........
nekojita =^..^=
jeudi 29 novembre 2007
我 WARE-WA- MOI JE MON
Pourquoi dit-on que, dans le haïku, il ne faut pas employer la première personne "je" ou "moi" ? Les haïjins expriment leur ressenti.
AWANO
かん烏
我に聞かせし
似非人語
kangarasu
ware ni kikaseshi
ese jingo
un corbeau dans la bise
m'a raconté
des balivernes
BASHO
涼しさを
わが宿にして
ねまるなり
suzushisa o
waga yado ni shite
nemaru nari
dans cette fraîcheur
me voilà comme chez moi
en habit de nuit me prélasse
BUSON
温泉の底に
我足見ゆる
けさの秋
onsen no soko ni
ware ashi miyuru
kesa no aki
au fond de la source chaude
je vois mes pieds
matin d'automne
CHIYO-JO
我雪を
水にうつして
にらみけり
ware yuki o
mizu ni utsushite
nirami keri
sous la neige
mon reflet dans l'eau
j'observe attentivement
HOSAI
井戸の暗さに
我が顔を見出す
ido no kurasa ni
waga kao o midasu
dans l'obscurité du puits
je reconnais mon visage
ISSA
時鳥
我が身ばかりに
降る雨か
hototogisu
wagami bakari ni
furu ame ka
petit coucou
serais-je le seul sur qui
tombe, tombe la pluie
KATO
蟻殺す
我を三人の子
に見られぬ
ari korosu
ware o sannin no ko
ni mirarenu
j'écrase une fourmi
et c'est moi que mes trois enfants
regardent
RYOKAN
萩すすき
わが行く道の
しるべせよ
hagi susuki
waga yuku michi no
shirubeseyo
trèfle et herbe d’automne
tout le long de mon chemin
pourtant familier !
SANTOKA
蝿を打ち蚊を打ち我を打ち
hae o uchi ka o uchi ware o uchi
Je frappe les mouches
je frappe les moustiques
je me frappe moi-même
(un de mes préférés)
SEISHI
春潮や
わが総身に
船の汽笛
shunchō ya
waga sōmi ni
fune no kiteki
marée printanière
mon corps entier transpercé
par la sirène du bateau
SHIKI
秋風や
生きて相る
汝と我
akikaze ya
ikite aimiru
nare to ware
Ah le vent d’automne
nous voir ensemble et toujours
vivants toi et moi
SOSEKI
蛍狩
われを小川に
落しけり
hotaru gari
ware o kogawa ni
otoshi keri
chasse aux lucioles
me fait tomber
dans le ruisseau
mardi 13 novembre 2007
Tanka d'une jeune fille de 20 ans : MAYU (Bunboichi)
Mayu, née à Tôkyô en 1982, diplômée de l'université de Waseda, section littérature. 1982年東京生まれ。早稲田大学第一文学部卒業.
Ses tanka reflètent les pensées et les préoccupations d'une jeune japonaise au 21e siècle (amour, mort, actualité, désir de vivre...), l'absence de la mère, ses amours, ses réflexions sur la vie en général.
Divagations sur la vie quotidienne
やらなくちゃいけないことはあるけれど
やらないことを[暇だね]と言う
yaranakucha ikenai kotowa aru keredo
yaranaikoto o [himadane] to iu
Il y a toujours beaucoup à faire
comme on ne le fait pas
On dit "j'ai du temps libre"
La nécessité du téléphone portable
傍にいて遠いと感じる君の顔
携帯に捧ぐ安い微笑み
soba ni ite tooi to kanjiru kimi no kao
keitai ni sasagu yasui hohoemi
tu es à côté de moi
ton visage semble lointain
tu souris négligemment vers ton portable
L'animal
自らの死を受け入れた道端の
猫は静寂をニャオと切り裂く
mizukara no shi o ukeireta michi bata no
neko wa shijima o niao to kirisaku
sur le bord de la route
un chat qui a accepté sa mort
miaou !
son cri perçant déchire le silence
La famille
あの女の記憶になろう私たち
父が確かに愛した母の
ano hito no kioku ni narou watashitachi
chichi ga tashikani aishita haha no
on va devenir le souvenir de cette femme
que notre père a véritablement aimé
Essai sur l'amour
あなたとの時間で広がるブラックホール
[別れる] だとか[退屈] だとか
anata to no jikande hiroigaru burakku horu
"wakareru" datoka "taikutsu" datoka
le temps passé avec toi
fait s'élargir le trou noir
"se séparer" ou "s'ennuyer"
*
君ん家に置きっぱなしの小説は
二人がヨリを戻す口実
kimin chi ni okippanashi no shôsetsuwa
futari ga yori o modosu kôjitsu
les romans que j'ai laissés chez toi
sont un prétexte pour nous réconcilier
Vivre
何時も一人涙で染めてた夕暮れは
今は遥かなノスタルジア
itsumo hitori namidade someteta yûkure wa
imawa harukana nostalagia
toujours seule,
les larmes me montaient aux yeux chaque soir
maintenant, c'est déjà une lointaine nostalgie
*
銃創に気づかず今も飛んでいる
すつかり体 穴ぼこだらけで
jyûsô ni kizukazu imamo tonde iru
sutsukari karada anabokodarakede
on ne se rend pas compte de ses blessures
le corps criblé de trous
on continue de voler
* [/1] Bunboichi [Dénominateur UN !] est traduit par Akiko Agui, Irène Bogdanovic (2007). ISBN978-4-434-10484-8
dimanche 14 octobre 2007
YUME 夢 Le rêve de Sôseki
Sôseki no yume
初夢や
金もせず裕わず
死にもせず
hatsu yume ya
kane mo hirowazu
shi nimo sezu
premier rêve
je ne ramasse pas de sous
je ne meurs pas non plus [Tanka haïku renga le triangle magique]
-
暁の
夢かとぞ思ふ
朧かな
akatsuki no
yume ka to zo omou
oboro kana
rêve matinal
J'y songe
mais qu'était-ce?
J'ai l'esprit embrumé [Tanka haïku renga le triangle magique]
-
蜻蛉の
夢や幾度
杭の先
tonbô no
yume ya iku tabi
kui no saki
rêve de la libellule
qui se pose
sur la lame [Sôseki haïkus]
-
別るるや
夢一筋の
天の川
wakaruru ya
yume hitosuji no
ten no gawa
l'ami s'en est allé
en rêve
la Voie lactée [Sôseki haïkus]
-
le temps s'étire
soirée de pluie printanière
et moi je songe [Sôseki haïkus]
YUME 夢 Le rêve de Ryôkan
Ryôkan no yume dans Les 99 haïku de Ryôkan
ゆめさめて
聞くは蛙の
遠音かな
yume samete
kiku wa kawazu no
tône kana
Sortant de mes rêves
le coassement lointain
des grenouilles vertes
-
鴬に
ゆめさまされし
朝げかな
uguisu ni
yumesama samareshi
asage kana
Ah ! Le rossignol
Son chant m’a sorti d’un rêve -
le riz du matin
-
あけ窓の
むかしをしのぶ
すぐれ夢
ake mado no
mukashi o shinobu
sugure yume
La fenêtre ouverte
tout le passé me revient-
bien mieux qu’un rêve






